03.06.2007

Le livre

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Les textes présentés dans ce blog, de même que dans deux autres blogs, ont été regroupés dans un livre qui a pour titre : En pièces détachées.  La couverture reproduit un tableau d'Yvonne intitulé : Les petites des années quarante.

Voir aussi:

21.02.2007

Handicap

Oncle Maxime était un homme bavard. Il était ce qu'on appelait un gesticuleux: il parlait autant avec ses mains qu'avec sa langue.
  
Par un froid de janvier, un dimanche, mon père marchait avec lui vers l'église et il s'étonnait du silence inhabituel de son beau-frère: Qu'est-ce qui se passe Maxime; tu es bien silencieux ce matin?
  
Les deux mains dans les poches de son manteau, il répond: J'ai oublié mes mitaines...
  
  
Yvonne
  
Québec, 12 février 2007

20.02.2007

La vieille dame

J'attendais le feu vert à l'angle des rues Cartier et René-Lévesque quand une dame âgée m'interpelle:
  
- Madame, voulez-vous m'aider à traverser? J'ai toujours peur de ne pas me rendre de l'autre côté avant l'expiration de la lumière verte.
  
- Avec plaisir, lui dis-je en la prenant par le bras.
  
Nous avions à peine fait quelques pas qu'elle commence:
  
- Ah, c'est pas drôle, vous savez, d'être vieille!
  
- Quel âge avez-vous?
  
- J'ai soixante-dix ans! Vous verrez un jour que c'est pas drôle...
  
- J'en ai soixante-et-quinze!
  
- C'est pas vrai! J'vous crois pas. Vous n'avez sûrement jamais été malade?
  
- Si! Deux cancers...
  
  
Nous arrivions de l'autre côté de la rue. Je l'ai sentie perplexe. Avant de nous séparer, je l'ai félicitée de marcher pour garder la forme physique.
  
Au fait... À quel âge devient-on vieille?
  
  
Yvonne
  
Québec, 8 février 2007

11.02.2007

Les salles d'attente

Les salles d'attente des hôpitaux ne sont toujours tristes. Si on veut prêter attention à la faune humaine qui s'y trouve, on peut parfois avoir envie de rigoler.
  
Un jour, au département d'oncologie où sont «cordés» des patients en attente, arrive un vieux Père Blanc noir d'Afrique vêtu de sa soutane... plus ou moins blanche (moins que plus...) Une préposée à l'accueil lui explique qu'il doit revêtir une jaquette d'hôpital qu'elle lui remet en désignant la cabine pour ce faire.
  
Notre vieil homme se rend devant la cabine, se dévêt devant tout le monde, enfile la jaquette et revient en traînant sa soutane tout le long à terre jusqu'au milieu de la salle où il prend une chaise et s'y appuie debout au dossier... jaquette fendue à l'arrière.
  
Jamais l'expression «minorité visible» n'avait autant pris tout son sens!
  
...
  
Une autre fois, une femme opérée d'un cancer du poumon se confie à moi: C'est pas drôle, madame, le docteur ne veut plus que je fume... Je pense qu'il veut ma mort!
  
...
  
J'ai vu que les meilleurs remèdes ne sont pas toujours ceux qu'on pense.
  
Un homme dans la cinquantaine est en attente de traitement en radiologie. Une belle technicienne à la poitrine généreuse, sexy de la tête aux pieds, apparaît au bout du corridor et l'appelle par son nom. Le monsieur la regarde impressionné. En se levant pour la rejoindre, il me déclare: Je pense que je vais guérir vite...!
  
  
Yvonne
  
Québec, 23 janvier 2007

31.01.2007

Histoire de marchand (2)

Celle-ci me fut racontée par ma soeur Claire.
  
Quelques jours après leur mariage, ma soeur et son époux Alfred visitaient Farnham, ville natale de ce dernier.
  
Claire remarque une belle robe dans la vitrine d'un magasin. Sans hésiter, son mari l'entraîne à l'intérieur.
  
Le propriétaire, un juif anglophone qui a une connaissance limitée du français, les accueille avec chaleur et s'empresse d'étaler sa collection. Ma soeur voyant les prix élevés renonce à tout achat.
  
Ne lâchant pas facilement sa proie, le marchand lui montre une affiche au fond de la boutique où il est écrit «SALE» et lui dit à voix basse: Viens dans le back store, je vais te faire UN GROS VENTE.
  
Claire crut un moment que le marchand lui faisait une proposition malhonnête...
  
  
Yvonne
Québec, 15 décembre 2006

30.01.2007

Histoire de marchand (1)

Mon beau-père m'a raconté cette histoire vraie dont il fut témoin alors qu'il se trouvait au Magasin général Émile Leblanc.
  
Celui-ci, joyeux et plein d'humour, aimait bien taquiner son employée: mademoiselle Antoinette, vieille-fille un brin puritaine, vaillante et bonne vendeuse.
  
Un client se présente au magasin. Il a besoin d'un pantalon.
- Un pantalon? On devrait trouver ce qu'il vous faut, lui dit le patron.
  
Et à haute voix: Mademoiselle Antoinette, auriez-vous quelque chose dans vos pantalons pour satisfaire Monsieur?
  
Le visage de mademoiselle Antoinette s'empourpre. Elle bafouille. Finalement se dit occupée et confie le mandat à une autre employée.
  
  
Yvonne
Québec, 15 décembre 2006

05.12.2006

Mots charmants de mes enfants

François doit avoir quatre ans. Il demande: Qu'est-ce que c'est un ancêtre, maman?

- Un ancêtre, c'est le plus ancien d'une famille. Par exemple, ton ancêtre à toi, c'est Jean Gagnon, celui de ta famille qui est arrivé le premier au pays.

Hors, nous avons une famille amie, les Ségal, nouvellement immigrée au Québec. Un temps de réflexion et voilà que notre petit homme affirme en toute logique: Comme ça, André Ségal c'est un ancêtre?


Jean va à pied à la maternelle et revient toujours tout droit à la même heure. Un jour, il est en retard. Je m'inquiète. À son arrivée, je lui demande: Pourquoi ce retard?

- J'ai pris un rallongi!


Marie, par un beau dimanche, se promène avec son père. Arrêt au dépanneur pour acheter le journal. Elle voit sur le comptoir de beaux suçons qui lui font envie: Peux-tu m'en acheter un, papa?

- Allons voir dans mes poches si j'ai quelques cennes...

Il sort l'argent qu'il faut pour lui en offrir un.

-Papa, as-tu encore des quecennes pour en apporter à mes frères?


Yves, trois ans, à qui on demande: Comment s'appelle ta maman?

- Elle s'appelle: ma fleur d'amour!

Aujourd'hui dans la cinquantaine, il lui arrive encore de m'appeler sa fleur d'amour...


Yvonne

Québec, 27 novembre 2006

04.12.2006

La "petite rissource"

Par un beau jour d'été, une voiture ralentit devant la maison de mes parents. Un monsieur de langue anglaise en descend et demande à mon père s'il consentirait à lui louer un petit coin pour planter sa tente près du lac durant trois jours: It is so nice here! My wife adore le nature...
  
Mon père qui n'était pas mercantile pour deux sous lui donne gratuitement la permission de s'y installer et lui offre au surplus de venir chercher l'eau potable à la maison.
  
  
Les trois jours passent, sans nouvelles de nos campeurs. Inquiétude chez-nous: Où vont-ils chercher leur eau?
  
Au moment de plier bagage, notre gentleman vient remercier mon père. Où êtes-vous allés chercher l'eau? lui demande papa.
  
- Il était une bonne petite rissource tout près le camp!
  
  
Le mal étant fait, papa n'a pas osé lui dire que cette petite rissource où ils s'étaient abreuvés durant trois jours... c'était la sortie de nos égoût domestiques.
  
  
Yvonne
Québec, 25 novembre 2006

03.12.2006

L'hôpital des sourds

Notre petit-fils Laurent a cinq ans. Il a choisi de faire son camp d'été chez ses grands-parents à Québec.
   
    
Dès le premier jour, avec l'exubérance de son âge, il court joyeusement d'un bout à l'autre de notre appartement. Son grand-père lui demande de ne pas courir parce que cela peut incommoder les voisins du dessous. Laurent semble avoir compris, mais voilà que quelques minutes plus tard il repart de plus belle à toutes jambes...
   
Son grand père intervient de nouveau: Dis-moi, Laurent, es-tu sourd ou désobéissant
   
Tout contrit, le petit se glisse dans mes jupes et me consulte d'un regard inquiet à voix basse: Si je dis que je suis désobéissant, il peut me punir... Alors, à haute voix: Je suis sourd, grand-papa! 
   
Celui-ci de répondre, mi-sérieux mi-rieur: Cela se soigne, tu sais. Ici, à Québec, on a un hôpital spécialisé pour ça...
   
   
Le lendemain, lors d'un déplacement en automobile, nous passons devant l'Hôpital Général de Québec. Claude, taquin, dit à l'enfant: C'est ici que l'on soigne les sourds. Veux-tu que nous arrêtions consulter un médecin?
   
Après un temps de silence, jouant d'astuce, Laurent s'enhardit: Au fait, grand-papa, est-ce un hôpital pour enfants ou pour adultes? Quelle belle porte de sortie le peit venait d'ouvrir à son grand-père!
   
Fier de la trouvaille de son petit-fils, Claude répond: Tu as raison. J'avais oublié. C'est en effet un hôpital pour adultes.
     
- Ouf! Je l'ai échappé belle... 
  
  
Yvonne
Québec, 23 novembre 2006

02.12.2006

Syndrome de Gringo

Nous avions passé une magnifique journée en pique-nique avec une famille amie. C'est l'heure de rentrer. Les deux mamans bavardent encore. Claude, mon mari s'impatiente: Vite, Yvonne, il est temps de partir!
   
          
Entre deux jouets ramassés, la conversation continue...
  
- Yvonne, dépêche-toi!
  
- Ne sois pas si nerveux, Claude...
  
  
La petite Cécile, cinq ans environ, la plus jeune de nos amis, intervient: Tu es nerveux, Claude? Nous, Gringo notre chien, était nerveux aussi et le véterinaire l'a guéri!
  
Claude, amusé par la révélation de la petite, lui demande comment Gringo a été guéri.
  
- Le véterinaire lui a enlevé les couilles!
  
Là, Monique, sa maman, bondit et crie: Cécile!!! Confuse, la petite, pour s'excuser, reprend: Oh... pardon! Je veux dire: les testicules...
  
  
(Merci, Cécile, de nous avoir révélé le secret du syndrome de Gringo. Depuis ce temps, je l'évoque pour calmer les tendances masculines à l'impatience...)
  
  
Yvonne
Québec, 22 novembre 2006